IHERI-ABT

Du Centre de Documentation et de Recherche Ahmed Baba (CEDRAB) à l’Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba de Tombouctou : 1970-2020
Introduction

Conçu pour contribuer au vaste projet de réalisation de l’Histoire Générale de l’Afrique initié au sein de l’UNESCO en 1967, par la mise à disposition des historiens et chercheurs des sources écrites de l’histoire africaine, le Centre de Documentation et de Recherche Ahmed Baba (CEDRAB) devenu Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba de Tombouctou (IHERI-ABT) célèbre en cette année 2020, les cinquante ans de son existence. Les acteurs de cette initiative, de commun accord avec les autorités maliennes, ont été unanimes non seulement en désignant la ville de Tombouctou pour abriter ce centre qui avait vocation à agir dans toute la sous-région Ouest africaine, mais aussi en décidant de lui donner le nom d’un très grand érudit en la personne de Ahmed Baba.

Ce double choix n’est pas fortuit, d’une part au regard du passé historique, culturel et scientifique de cette ville qui ne finit pas de passionner les intellectuels à travers le monde et d’autre part au regard de la renommée intellectuelle de l’illustre Ahmed Baba.

«La Cité des 333 saints», «Tombouctou la mystérieuse», «la perle noire du désert», «Tombouctou l’inaccessible» ; telles sont entre autre les multiples appellations de cette ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1988.

Tombouctou

Fondée vers le XIIe siècle, Tombouctou, de simple campement, devient dès le XIIIe siècle une importante escale commerciale pour les caravanes de chameaux qui amenaient du Nord des marchandises qui partaient vers le sud par le fleuve. De ce fait, la ville devient un trait d’union entre le Nord et le Sud et, de ce fait, un important centre de rencontre et de brassage entre plusieurs ethnies. Elle est le produit, des caravaniers Touareg, des commerçants Arabes, des marchands et intellectuels Soninké, des Songhays, des Fulbés, des malinkés. Bref un véritable melting pot harmonieux.

Selon Abderrahmane Es Saadi, dans sa chronique «Tarikh Es-Soudan», le nom Tombouctou viendrait du Tamasheq et qui signifierait «le puits» ou «lieu» de Bouctou. Ainsi, Tin signifierait «puits» ou «lieu» et Bouctou serait le nom de la femme qui gardait une source d’eau, escale obligatoire pour les caravaniers, qui donna naissance à la future ville de Tombouctou.

Initialement ville marchande, grâce au commerce du sel, des esclaves, il faut le reconnaitre, de l’or et plus tard du papier et des livres avec une véritable industrie avant l’heure pour ces derniers, Tombouctou est devenu du XIVe au  XVIe siècle, un véritable centre religieux, universitaire et intellectuel.

Déjà vers 1325, l’Empereur du Mali Mansa Moussa, de retour de la Mecque y fit construire sa résidence, le Madougou, et la Grande Mosquée appelée Djingarey-Ber pouvant contenir jusqu’à plusieurs milliers de fidèles.

L’âge d’or de Tombouctou coïncide avec l’Empire Songhaï et le règne d’Askia Mouhamed et Askia Daoud qui furent très généreux avec les intellectuels. La période a été marquée par la construction de prestigieuses mosquées comme la mosquée de Sidi Yaya construite vers l’an 1400 et surtout la célèbre mosquée de Sankoré construite sous l’initiative d’une femme au XVe siècle. Notons au passage le rôle prépondérant joué par les femmes non seulement dans la fondation de la ville mais aussi sa contribution au rayonnement religieux et intellectuel de la ville.

C’est véritablement autour de Sankoré que s’est développé une véritable université islamique très renommée et accueillant des milliers d’étudiants et où toutes les disciplines étaient enseignées : des sciences islamiques en passant par la littérature, les mathématiques, la physique, l’astrologie etc. L’industrie du manuscrit s’est naturellement développé pour satisfaire aux besoins de l’enseignement ; à côté des livres copiés et importés d’Afrique du Nord ou par les pèlerins de la Mecque et importés à Tombouctou, les intellectuels locaux commencèrent à produire leurs propres manuscrits ou à les dicter à des copistes.

On estime généralement à centaines de milliers, le potentiel de manuscrits du pays.

C’est ce vaste potentiel ainsi que l’héritage historique et intellectuel de Tombouctou qui ont prévalu à l’implantation du Centre de Documentation et de Recherche à Tombouctou.

L’occupation Marocaine de 1591 marque le déclin de l’Empire Songhaï. Cette occupation dura jusqu’en 1833 avec la victoire des peuls sur le dernier Pachalik marocain, il s’agit d’Ousmane ben Abibakr.

Pourquoi Ahmed Baba ?

Ahmed Baba Es-Soudani comme on l’appelle est un grand érudit de l’âge d’or de Tombouctou né le 26 octobre 1556. Il est le fils d’Ahmad bin al-Hadj Ahmed bin Umar bin Mouhamed Aqit. Il a étudié jusqu’à l’âge de 30 ans environ et fit une partie de ses études sous la direction du grand érudit Mohamed Bagayogo. Il étudia les matières telles que la philosophie, l’exégèse, la rhétorique, la grammaire, la théologie, l’histoire, la littérature etc. Il enseigna pratiquement toute sa vie, mais exerça parallèlement des fonctions religieuses et était consulté pour interpréter le droit canonique musulman.

Il est considéré par beaucoup comme le plus grand lettré et philosophe de la ville et de tout l’Ouest africain.

L’invasion Marocaine de 1591, a été vivement contestée par les érudits de Tombouctou parmi lesquels Ahmed Baba. A la suite d’un soulèvement populaire, Ahmed Baba et de nombreux intellectuels ont été arrêtés et déportés au Maroc où il était en résidence surveillée à Marrakech. Impressionné par l’érudition de l’illustre prisonnier, le Sultan al-Mansur finit par le libérer et l’autoriser à enseigner dans la mosquée de Koutoubiyya de Marrakech d’où il a composé plusieurs œuvres. Il y enseigna jusqu’en 1607.

Au cours d’une de ses rencontres avec le Sultan, il s’est plaint de la destruction de sa bibliothèque forte de plus de 1600 manuscrits anciens.

Il est l’auteur de ces célèbres vers qui expriment sa nostalgie de sa ville :« Ô toi qui vas à Gao, fais un détour par Tombouctou, murmure mon nom à mes amis et porte-leur le salut parfumé de l’exilé qui soupire après le sol où résident ses amis, sa famille et ses voisins. Console là-bas mes proches chéris de la mort des seigneurs qui ont été ensevelis dans mon pays.»

Autorisé à retourner à Tombouctou, après avoir passé 14 d’exile, Ahmed Baba y meurt le 22 Avril 1627 à l’âge de 71 ans.

Historique de l’Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba de Tombouctou

Ahmed Baba Es-Soudani comme on l’appelle est un grand érudit de l’âge d’or de Tombouctou né le 26 octobre 1556. Il est le fils d’Ahmad bin al-Hadj Ahmed bin Umar bin Mouhamed Aqit. Il a étudié jusqu’à l’âge de 30 ans environ et fit une partie de ses études sous la direction du grand érudit Mohamed Bagayogo. Il étudia les matières telles que la philosophie, l’exégèse, la rhétorique, la grammaire, la théologie, l’histoire, la littérature etc. Il enseigna pratiquement toute sa vie, mais exerça parallèlement des fonctions religieuses et était consulté pour interpréter le droit canonique musulman.

Il est considéré par beaucoup comme le plus grand lettré et philosophe de la ville et de tout l’Ouest africain.

L’invasion Marocaine de 1591, a été vivement contestée par les érudits de Tombouctou parmi lesquels Ahmed Baba. A la suite d’un soulèvement populaire, Ahmed Baba et de nombreux intellectuels ont été arrêtés et déportés au Maroc où il était en résidence surveillée à Marrakech. Impressionné par l’érudition de l’illustre prisonnier, le Sultan al-Mansur finit par le libérer et l’autoriser à enseigner dans la mosquée de Koutoubiyya de Marrakech d’où il a composé plusieurs œuvres. Il y enseigna jusqu’en 1607.

Au cours d’une de ses rencontres avec le Sultan, il s’est plaint de la destruction de sa bibliothèque forte de plus de 1600 manuscrits anciens.

Il est l’auteur de ces célèbres vers qui expriment sa nostalgie de sa ville :« Ô toi qui vas à Gao, fais un détour par Tombouctou, murmure mon nom à mes amis et porte-leur le salut parfumé de l’exilé qui soupire après le sol où résident ses amis, sa famille et ses voisins. Console là-bas mes proches chéris de la mort des seigneurs qui ont été ensevelis dans mon pays.»

Autorisé à retourner à Tombouctou, après avoir passé 14 d’exile, Ahmed Baba y meurt le 22 Avril 1627 à l’âge de 71 ans.

  • Le Centre de Documentation et de Recherche Ahmed Baba (CEDRAB)

Disposer de sources écrites authentiques en vue de la rédaction de l’histoire générale de l’Afrique était au centre des préoccupations de la communauté scientifique internationale au lendemain de la seconde guerre mondiale et plus particulièrement après la vague d’indépendance des états africains dans les années 1960.

A cet effet plusieurs rencontres furent initiées, à travers l’UNESCO, en vue de collecter, sauvegarder et conserver ces sources écrites à travers tout le continent pour la réalisation d’un vaste projet encyclopédique dénommé Histoire Générale de l’Afrique.

Au nombre de celles-ci, la réunion du Comité d’experts sur l’Histoire Générale de l’Afrique qui s’est tenu à Abidjan du 31 aout au 5 septembre 1966. Cette rencontre, qui a vu la participation d’éminents historiens et hommes de culture comme le Prof Joseph ki-Zerbo, Amadou Hampâté Ba, Djibril Tamsir Niane, avait pour mandat de plancher sur les problèmes scientifiques relatifs à la réalisation de ce vaste chantier. Il s’agissait entre autres d’établir l’état des lieux des sources écrites, des archives, d’ouvrages de référence etc.

En 1967, un comité d’experts s’est réuni à Tombouctou, en présence de Mahamane Alassane Haidara, Député-maire de la ville et Président de l’Assemblée Nationale du Mali, Boubou Hama, pour débattre et faire des recommandations sur «les sources écrites de l’Histoire Générale de l’Afrique». L’une de ces recommandations proposait la création à Tombouctou d’un centre d’études et de recherche chargé de la prospection, de l’inventaire, le micro filmage de la documentation sur la région. C’est aussi à Tombouctou que les experts ont proposé d’appeler   la future structure « Centre de Documentation et de Recherche Ahmed Baba» (CEDRAB).

En 1970, le Gouvernement du Mali, par l’Ordonnance N° 12 /PG-RM du 23 Janvier 1970, crée le CEDRAB (CEDRAB) avec pour siège Tombouctou en le plaçant sous l’autorité du Ministère de l’Education Nationale. Cette Ordonnance précise les missions assignées au centre à savoir la collecte, la conservation et l’exploitation scientifique des Ecrits en Arabe concernant l’Histoire de l’Afrique. La priorité à cette époque était de sauvegarder et sécuriser le maximum de manuscrits possibles.

Le Centre sera opérationnel trois ans plus tard, en 1973 avec l’inauguration de ses locaux construits grâce à un financement Koweitien. Auparavant, les autorités avaient nommé un Secrétaire Exécutif, en la personne de M. Hasseye Baba Mahmoudou pour diriger le Centre.  Il disposait d’une petite équipe de personnel d’appui.

L’année 1976 a été marquée par la nomination d’un Directeur général en la personne de Mahmoud Abdou Zouber au terme de sa formation à Paris (France). Des diplômés de retour de leur formation en Egypte l’ont rejoint en 1977 à l’instar de Djibril Doucouré, Ali Koïna, Hamey, Bagna. A cette époque le fonds documentaire du Centre était composé de 700 manuscrits en langue arabe, 800 livres en arabe et 500 livres en français.

Cette période a été essentiellement marquée par la recherche de partenariat technique et financier au profit des missions du CEDRAB à côté de l’accompagnement des autorités maliennes. Le renforcement du Centre en personnel pour la recherche et la conservation des manuscrits a également marqué cette période y compris la création d’une Revue Scientifique dénommée Sankoré.

En 1993, Mahmoud Zouber, appelé à d’autres fonctions et qui aura passé 17 ans comme directeur, a cédé sa place à M. Sidi Amar Ould Ely nommé en Janvier 1994 par le Décret N°94-055/P-RM du 26 janvier 1994 qui ne restera que quelques mois à la tête du Centre.

Au mois d’août de la même année, par Décision N°94-00609/MESRS-CAB du 22 août 1994, M. Djibril Doucouré a été nommé Directeur par intérim du Centre jusqu’à la nomination le 2 novembre 1995 de M. Mohamed Gallah Dicko suivant Décret N°95-393/P-RM du 02 novembre 1995 comme Directeur Général et reconduit en 2006 par le Décret N°06-336/P-RM du 8 août 2006. Il était assisté d’un Directeur Général Adjoint en la personne de Sidi Mohamed Ould Youba.

  • L’Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba de Tombouctou (IHERI-ABT)

En 1999, le Centre a franchi un pas supplémentaire avec sa transformation en Institut des Hautes Etudes et de Recherches Islamiques Ahmed Baba de Tombouctou (IHERI-ABT) suivant l’Ordonnance N° 99-44/ P-RM du 30 septembre incluant dans ses missions le volet enseignement universitaire et post universitaire.

Au total, M. Dicko aura également passé 17 ans au service des manuscrits anciens. Pendant cette période, le personnel du Centre s’est considérablement étoffé avec l’arrivée de personnels diplômés et qualifiés pour les activités de conservation, de restauration, de numérisation et de catalogage des manuscrits. Des missions de prospection, de sensibilisation et de collecte de manuscrits sont organisées. Des prospecteurs externes sont sollicités pour la collecte des manuscrits. L’Administration s’est étoffée avec la mise en place d’une agence comptable dirigée pour la première fois par un comptable assermenté en la personne de M. Abdoulaye Ongoïba.  L’IHERI-ABT commence à être pleinement fonctionnel avec la mise en place des structures de gestion et d’administration par la nomination d’agents au niveau des départements et des  sections et surtout par la tenue de son premier Conseil d’Administration en 2008.

L’année 2012 a marqué la vie de l’Institut de manière tragique avec la crise sécuritaire qui a éclaté au Mali et qui a provoqué l’occupation d’une partie importante du territoire par des groupes armés. Ainsi, la ville de Tombouctou, siège de l’IHERI-ABT a été occupée de même que les locaux de l’Institut. Au-delà de l’enlèvement de ses véhicules et d’autres matériels, 4203 manuscrits ont été portés disparus.

Grâce à la mobilisation de plusieurs acteurs nationaux et internationaux, les manuscrits ont pu être exfiltrés de Tombouctou en pleine occupation vers la capitale Bamako.

La même année, M. Abdoul Kadri Idrissa Maïga a été nommé Directeur Général de l’IHERI-ABT par le Décret N°2012-019/P-RM DU 18 JANVIER 2012.

Face aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de certaines missions, notamment  l’enseignement des sciences et de la culture islamique ou la formation des formateurs en arabe, les autorités ont procédé à la relecture des textes de l’Institut qui a abouti en 2016 à l’adoption de la loi N° 2016-037 du 7 juillet permettant le démarrage effectif des activités pédagogiques avec la mise en place d’une formation en DUT dans les filières de la numérisation, la codicologie et le catalogage en 2018.

Depuis 2018, par Décret N°2018-0349/P-RM du 4 avril, M. Mohamed Diagayété est le nouveau Directeur général de l’Institut.

De sa création à nos jours, l’IHERI-ABT, comme l’atteste son Livre d’Or, a enregistré la visite d’éminentes personnalités constituées de responsables d’institutions et organismes internationaux, des scientifiques et des chefs d’Etats du monde entier. Il serait fastidieux ici d’établir cette liste.

Néanmoins, il nous paraît inconcevable de ne pas citer l’ancien Président Sud-Africain Thabo Mbeki qui a visité Tombouctou et les manuscrits de l’IHERI-ABT en novembre 2001. Fasciné par ce trésor qu’il découvrait et qu’il qualifiera comme « l’un des plus importants trésors culturels de l’Afrique», et ayant constaté la vétusté des locaux qui les abritaient, le Président Mbeki a pris l’engagement de donner une nouvelle dimension à l’œuvre de conservation de ce patrimoine par la construction d’un bâtiment moderne disposant de toutes les commodités pour les manuscrits et le personnel qui s’en occupe. Il a inscrit ce projet parmi les premières missions culturelles du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD).

Ce volontarisme de Thabo Mbeki a abouti à la construction sur la place Sankoré d’un bâtiment financé par les donateurs privés Sud-africains et qui a été inauguré le 24 Janvier 2009 en présence de son successeur Kgalema Motlanthe et le Président Malien de l’époque Amadou Toumani Touré, accompagné par Thabo Mbeki.

Les directeurs de l’IHERI-ABT
  • Mahmoud Baba Hassèye (Secrétaire Exécutif) de 1970 à 1976 :

Né en 1936 à Tombouctou, Maître d’arabe, de français et d’anglais. Il fut Secrétaire Général du Haut Conseil Islamique Régional de Tombouctou et Imam de la mosquée Sidi yahia.

  • Mahmoud Abdou Zouber de 1976 à 1993
  • Sidi Amar Ould Ely de janvier 1994 à août 1994
  • Djibril Doucouré (Intérimaire) de janvier 1994 à novembre 1995  
  • Mohamed Gallah Dicko de 1995 à 2006 et de 2006 à 2012, Maître de Recherche
  • Abdoulkadri Idrissa Maiga  de 2012 à 2018
  • Mohamed Diagayeté de 2018 à nos jours